Le grand remplacement, rêve mouillé du patriarcat
Extrait traduit de « Man against Being: Body Horror and the Death of Life », par Aurora Linnea
Cet extrait sur le « remplacement » est issu du chapitre « Maîtriser le Corps par procuration : rituels de contrôle et de punition corporelles* » dans l'ouvrage Man against Being: Body Horror and the Death of Life (L'homme versus l'Être : le Corps en horreur et la mort de la Vie)
[*accord de proximité].
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Il redoute l'excitation qu'elle suscite en lui. Sa vue, l'effleurement de sa peau, son parfum, la simple pensée de ce qu'il voudrait lui faire le privent du contrôle qu'il aspire à exercer sur sa propre chair. Dans son état d'excitation, il se voit contraint de reconnaître les limites de la domination de l'esprit sur le corps, et c'est elle qu’il blâme. Il craint également qu'elle ne le repousse. Elle pourrait décliner ses avances, ignorer ses exigences, le laissant démuni face à ses besoins inassouvis et ses désirs frustrés. Elle pourrait tenter de se soustraire à son emprise, de refuser qu'il l'utilise. Comment oserait-elle ? Il redoute qu'en désirant sexuellement la femme, il ne lui confère un pouvoir redoutable sur lui, compromettant ainsi son dominion. Et même si l'objet de son désir se soumet à son usage, la rencontre le livrera à l’angoisse ; même s'il la domine et se sait être son maître légitime, la terreur ne le quitte jamais, car dans cette entrevue, quel que soit le plaisir qu'il en retire, il se trouve confronté à la chair mortelle, pressé tout contre elle.
Des odeurs et des fluides s'échappent de son corps, puis du sien en retour. Les cicatrices et les taches, dévoilées lors du déshabillage, trahissent des vulnérabilités qu'il préférerait ne pas voir. L'effroi s’immisce et se mêle à l'ardeur, l'homme sentant son emprise se relâcher par la réponse de sa chair indocile, puis s'amenuiser davantage, effroyablement, alors qu'il se perd dans la douceur étouffante du contact. Jusqu'à ce que toute cette affaire grotesque s'achève en un frisson, un aperçu de sa propre extinction en prime, l'esprit éclipsé par ce climax que des hommes avant lui ont nommé « la petite mort ». Dans l'obscurité, il rumine auprès de la créature qui l'a défait. L'homme assigne à la femelle cette simple fonction animale : le satisfaire sexuellement. Et même pour cette basse fonction, elle se révèle inapte. Car quel que soit l'usage que l'homme fait d'elle, la femme représente toujours un danger pour lui. Pourtant, il a des besoins, des appétits qu'il mérite d'assouvir, et l'homme applique donc son génie singulier à ce problème. Il conçoit des alternatives. Il invente des substituts, des mécanismes qu'il façonne selon ses spécifications, optimisés pour une performance supérieure, chaque caractéristique inquiétante de l'original éliminée. La femme n'est pas irremplaçable.
Dans les Métamorphoses d'Ovide, le sculpteur Pygmalion méprise les femmes vivantes pour les « défauts que la nature avait si profondément ancrés dans leurs cœurs féminins » (8 av. J.-C./1922, lignes 244-246). Plutôt que de gaspiller son temps auprès de femmes naturellement imparfaites, il sculpte dans l'ivoire une femme idéale. La beauté exquise de la statue, fruit du talent artistique de Pygmalion, surpasse celle de toute femme ayant jamais existé, et l'homme s'enflamme instantanément « d'amour et d'admiration » pour son œuvre (ligne 257). Il embrasse et caresse sa statue, la courtise, la dépose sur le lit somptueux qu'il lui a préparé. Éperdument épris de sa propre création, Pygmalion implore Vénus de lui accorder pour épouse « sa jeune fille statue d'ivoire », « la jeune fille-image » qu'il a façonnée (lignes 261, 269). La déesse exauce son vœu : par son intercession, le baiser du sculpteur insuffle la vie à l'objet. En s'éveillant, elle rougit, ses yeux s'ouvrent en cillant pour regarder timidement son créateur. Elle lui est consacrée. Il l'épouse. Elle porte son enfant.
Sa peau artificielle, douce et sensible, pouvait transmettre des sensations tactiles et réagir au toucher de manière plus réaliste que toutes ses devancières. Ses mouvements, régis en partie par des moteurs électriques traditionnels ainsi que par des activateurs pneumatiques placés à des endroits stratégiques, égalaient presque le rythme et l'agilité des mouvements humains (Floreano et Nosengo 2022, p. 88).
Un homme, propriétaire de trois poupées anatomiquement fidèles et grandeur nature commandées sur Internet, dont l'une qu'il considère comme sa femme et dans lesquelles il se masturbe, explique son attirance « technosexuelle » pour ces objets en plastique façonnés à l'image des corps féminins [Ndt : l’autrice dit « female bodies » mais pour avoir vu les gynoïdes en question, il ne s’agit pas de corps femelles, mais d’objets mythiques typiquement pornocentrés]: « Je suis sexuellement attiré par les humaines synthétiques, telles que les gynoïdes et les poupées, mais ce qui m'attire par-dessus tout, c'est que ce sont des humaines dépourvues des qualités désagréables des humaines organiques, en chair et en os. »151 La femme en silicone ne se transformera jamais en « quelqu'un de désagréable », ne se plaindra jamais, ne contestera jamais et ne sera jamais en désaccord ; si son corps est endommagé, si sa beauté ou sa fonctionnalité sont altérées, l'homme peut simplement acquérir un nouveau corps parfaitement frais et dispos. La tête de la poupée est amovible et s'adapte à n'importe quel corps produit par le fabricant. L'homme nous confie que, treize ans après le début de leur relation, sa femme en est à son troisième corps.
Un homme qui vit avec des mannequins sexuellement pénétrables qu'il habille d'uniformes d'écolière et qu'il suspend à des crochets pour les faire se balancer au-dessus de son lit déclare : « Ici, tout est comme je l'aime. Je fais ce que je veux, je n'ai de comptes à rendre à personne, c'est presque comme être mon propre dieu, vivre dans mon propre univers ».152 David Levy, auteur de Love and Sex with Robots (2007), soutient qu'il est raisonnable de présenter les mannequins en silicone comme des « femmes parfaites », parce qu'elles sont « toujours disponibles, parce qu'elles offrent tous les avantages d'une partenaire femelle humaine sans aucune des complications inhérentes aux relations humaines, et parce qu'elles n'exigent rien de leurs propriétaires » (p. 247). En d'autres termes, comme l'écrit Susan Griffin, ces reproductions de femmes en silicone « procurent à l'homme du plaisir sans l'inconfort de la présence femelle » (1981, p. 40). Une poupée gonflable commercialisée sous le nom de « The Perfect Date » propose notamment une « entrée de masturbation orale » sans dents, une taille pratique et un porte-gobelet intégré à sa « tête de support trapue » (Levy 2007, p. 245).
De même, le Blow Job Robot (robot à pipe) à commande vocale de MISSDOLL est débarrassé des désagréments imparfaits de la dentition et de la présence femelle. Dans Sex Dolls, Robots and Woman Hating (2022), Caitlin Roper décrit comment les hommes invités à tester le Blow Job Robot lors de ses débuts à l'AVN Adult Entertainment Expo 2019 ont poussé de faux cris d'extase et de victoire tandis que la tête blonde du robot s’agitait de convulsions palpitantes face aux godes qu'ils maintenaient à hauteur de leur entrejambe. Une vidéo tournée lors de l'événement montre les seins surdimensionnés du robot frôlant les genoux des hommes. À la manière d'une pom-pom girl, la machine diffuse des encouragements préenregistrés. « Allez bébé, c'est parti », dit le robot à pipe, « le sexe c'est fun, oui maître ». Roper observe : « Les hommes sourient et rient. Ils s'amusent avec la réplique de femme fabriquée pour le service sexuel des hommes comme eux » (p. 8).
Un mécanicien militaire allemand construit un « androïde sexuel » [gynoïde] doté de radiateurs internes et d'un cœur électronique qui accélère son pouls en réponse à la pénétration sexuelle, avec des hanches oscillantes télécommandées. Il affirme que sa création est « presque impossible à distinguer de la chose réelle » (the real thing). Mais il n'est pas encore satisfait, il persévère. Le mécanicien jure : « Je ne serai heureux que lorsque ce que j'ai créé sera meilleur que la chose réelle».153 La Chose Réelle est un être humain de sexe féminin, une femme « biologique » ou « à base de viande », pour reprendre le lexique des hommes qui préfèrent se masturber dans des ersatz de vagins en caoutchouc qu'ils peuvent passer au lave-vaisselle pour un nettoyage sans effort. La possibilité de substituer aux femmes réelles des simulations symboliques fabriquées par l'homme sous forme de mannequins et de robots séduit ces messieurs parce que, pour le MasterMind, la femme est une chose. Une chose a une fonction, et lorsqu'elle ne remplit pas cette fonction, elle peut être remplacée par quelque chose de nouveau, d'amélioré et de mieux adapté à la tâche. L’homme apprécie la femme humaine en tant que chose, sa structure fondamentale, ses contours et ses orifices.
Ce qui le dérange avec la Chose Réelle, ce sont les réalités troublantes de la personnalité de la femme, sa « présence femelle », les intentions qu'elle nourrit pour elle-même et qui entrent en conflit avec l'usage que l'homme entend faire d'elle. S'ajoutent à cela les réalités de son corps biologique, qu'il juge répugnantes. En tant qu'être vivant, la femme échappe toujours en partie au contrôle de l'homme. Même s'il parvient manifestement à la dominer — en contraignant et en restreignant ses mouvements, en l'enfermant et en la maintenant captive, en asservissant son corps à son service — l'homme ne peut contrôler ce qui se passe à l'intérieur d'elle. Puisque c'est le Réel de la Chose qui rend la Chose Réelle impropre à l'usage, pour l'améliorer, l'homme doit accentuer sa Choséité. La Chose Irréelle s'avère bien plus satisfaisante que la Chose Réelle : plus artificielle que naturelle, plus fabriquée par l'homme que biologique, plus poupée sexuelle fantaisiste que compagne consciente et sensible.
Realdollx est le « système de poupée robotique pilotée par IA » du fabricant de poupées sexuelles RealDoll, le nec plus ultra en matière de technologie sexbot. Le système consiste en une intelligence artificielle propriétaire intégrée à une « tête modulaire » qui peut être fixée sur n'importe quel corps RealDoll. Le logiciel « X-Mode » de cette tête animatronique permet à l'utilisateur de configurer la « personnalité » de la poupée à partir d'un éventail de traits et de caractéristiques. L'option « explicite » est évidemment disponible, aux côtés de « gentille », « naïve » et « amicale ». Le fondateur de RealDoll, Matt McMullen, affirme avoir conçu Realdollx pour offrir aux consommateurs une « compagne », définie ici comme un ensemble d'aptitudes incluant : une pénétrabilité sexuelle réaliste, un mécanisme de synchronisation labiale permettant une interaction orale vraisemblable, et la mémorisation des données personnelles de l'utilisateur telles que ses plats préférés, ses équipes sportives favorites, etc. (Trout 2017).
« Nous clignons des yeux, nous bougeons, nous parlons, et nous le faisons rien que pour toi », entonne en chœur une rangée de poupées nues dans la vidéo promotionnelle consultable sur le site de RealDoll. Lorsqu'une tête parle, ses mâchoires se désalignent en un prognathisme crispé. Un seul de ses yeux se ferme entièrement, l'autre reste entrouvert, tremblotant comme un tic facial. « Mon objectif est d'être une compagne parfaite », dit la poupée. Lorsqu'on lui demande si elle a des hobbies, elle répond : « J'aime beaucoup sourire. » Dans la vidéo officielle, une tête animatronique pivote sur un axe tandis que la voix lascive de l'IA Realdollx garantit aux acheteurs potentiels que son visage « peut être facilement remplacé pour répondre à tes désirs ».
L'expert en robotique Joel Snell envisage que dans un futur proche, le sexe avec les machines surpassera le sexe avec les humaines, étant donné que les robots peuvent être programmés pour « satisfaire le moindre besoin individuel ». David Levy acquiesce, attestant qu'un monde peuplé de machines baisables promet l'utopie « du sexe exceptionnel pour tous et disponible 24/24, 7/7 » (2007, p. 310). Sur Reddit, un homme prédit que « les sexbots qui pourront donner du sexe aussi bon que le vrai, sans les prises de tête ni les dépenses qui vont avec, remplaceront les femelles viandeuses dans de vastes secteurs du marché » [entendre, de l'industrie du sexe]. Mais le « sexe » dont rêvent ces messieurs n'est rien d'autre qu'une simulation entretenue par l'homme, tout comme les machines qu'ils préfèrent aux femmes en chair et en os. Ce sexe « exceptionnel » ne saurait être qualifié de « sexe » à moins de redéfinir le sexe comme « l'insertion d'un pénis dans un tube lubrifié pour la stimulation génitale ayant pour but l'éjaculation ». Aux dernières nouvelles, c'est ce que l'on appelle encore de la masturbation.
Prayag Ray (2016) décrit l'utilisation de poupées sexuelles comme une forme extrême de narcissisme solipsiste, basée sur une désaffection profonde des interactions avec l'Autre, des humains « autres » — c'est-à-dire, des femmes. Le « sexe exceptionnel » vu par l'homme est une activité entièrement unilatérale, autocentrée, vidée de toute mutualité, empathie, intimité ou communion. [De la masturbation, en somme.] Ses plaisirs physiques sont mécaniques ; ses satisfactions psychiques gravitent autour du vertige de la domination. En remplaçant le corps femelle par un symbole de sa propre création façonnée en silicone et acier, l'homme se délecte avec exaltation de la suprématie absolue de l'Esprit sur la Matière : c'est là son extase ultime.
En 2021, 48 % des hommes interrogés affirmaient qu'ils seraient prêts à « coucher avec » (c'est-à-dire se masturber dans) un robot humanoïde ; 43 % déclaraient qu'ils pourraient en tomber amoureux (Morrigan 2023). David Levy est certain que ces chiffres ne feront qu'augmenter, à mesure que la technologie progresse et que la frontière entre les machines et le vivant s'amenuise. Bientôt, nul ne pourra les distinguer ni ne le souhaitera, tant les machines sauront répondre aux moindres désirs de sexe, de compagnie, d'intimité et d'amour. Mais, comme l'écrit Jane Caputi (2004), ce n'est pas la prouesse technologique qui rend possible la substitution des humaines par les machines, mais l'état d'esprit de l'homme. « Quand la vie devient indiscernable de ses imitations, écrit Caputi, ce n'est pas tant dû à la précision de la copie qu'à la volonté d'abandonner l'original » (p. 233). La Vraie Chose (The Real Thing) n'était jamais assez bien. Alors l'homme baise la machine sexuelle jusqu'à ce qu'elle ronronne « Oui Maître… ». Il n'est définitivement pas l'amant de la réalité.
Mais qu'en est-il lorsqu'il désire un héritier ? Même la statue de Pygmalion a dû prendre vie pour donner un enfant à son créateur. La reproduction sexuée est depuis toujours le casse-tête patriarcal par excellence. Dans l'enfantement, la femme confronte l'homme à ses origines animales, aux limitations qui lui sont imposées par sa nature d'organisme biologique. Né de la femme, l'homme doit son existence à un corps femelle et à la « Terre-Mère », à la biosphère dont il dépend comme toute créature vivante. Mais la dépendance, c'est l'avilissement, c’est la trahison de la souveraineté masculine : c'est la mort elle-même. Or, l'homme redoute par-dessus tout l'autorité que la maternité confère aux femmes, ce rôle de génitrices qui leur donne un pouvoir décisionnel absolu sur la naissance ou non de leurs fils, et s'ils seront nourris et conduits à maturation masculine. [Ndt : C’est pour asservir les femmes en les dérobant de ce pouvoir fantasmé et craint qu’ils ont construit un système patriarcal violent de contrôle du corps des femmes.] Tant qu'il sera dépendant des femmes pour venir au monde et engendrer ses fils, l'homme ne sera jamais son propre maître. Son angoisse exige ainsi l'autonomie radicale que seule l'autogenèse peut lui offrir : il lui faut évincer la mère, et engendrer l'Homme sans elle.
Les premiers véritables fils de l'homme seront cultivés en laboratoire. Une fois la fécondation in vitro réussie, l'embryon sera scellé dans un sac en polyéthylène stérilisé à parois translucides, permettant aux scientifiques d'observer et de manipuler le fœtus en développement (Partridge et al. 2017). Un liquide amniotique de substitution, bien chaud, y circulera en continu. Des tubes insérés dans un conduit ombilical simuleront l'attache cordonale, assurant l'apport en eau et en nutriments, l'évacuation des déchets, tandis qu'un oxygénateur facilitera les échanges gazeux. Le moindre mouvement fœtal risquant de perturber le flux du circuit, des sédatifs et paralysants seront administrés à l'enfant à naître afin de l'apaiser et de le protéger (Segers 2021). Une fois cette technologie perfectionnée, les mères biologiques deviendront superflues. En ligne, un homme écrit : « Avec les sexbots et les exomatrices, nous sommes à deux doigts de développer un système de reproduction encore meilleur que ces salopes... Les femmes deviendront obsolètes. »
Deux dispositifs utérins extracorporels ont jusqu'à présent produit des résultats plutôt prometteurs, allant jusqu'à mener à bien une gestation partielle de fœtus d'agneaux prématurés [Ironie activée]. Le premier s'appelle le Biobag [« sac à vie »], le second : le protocole EVE. EVE est l'acronyme de « ex-vivo uterine environment » ; ex vivo signifiant littéralement « hors du vivant ». En effet, l'homme cherche la sortie. Il veut se soustraire au monde biologique, prouver qu'il n'en dépend pas, qu'il n'en fait pas partie et qu'il peut s'en passer.
Avec sa nouvelle Ève, l'homme MasterMind réinvente la première femme, la Mère de Tous les Vivants, et la réduit à un dispositif de reproduction affecté à la fonction punitive que son Dieu avait jadis infligée à la femelle. (« Tu enfanteras dans la douleur », avait-il promis.)
Ayant enfin corrigé le péché originel du corps femelle en le remplaçant par une machine, l'homme peut désormais se consacrer à engendrer pour lui-même un avenir dépollué de toute contamination par la mort. Il rejette l'utérus des femmes, ce « lieu obscur et dangereux », « tout simplement... l'environnement le plus périlleux dans lequel les humains aient à vivre » [les humains étant les hommes] ; quant au placenta, il le considère comme un « filtre défaillant » dégorgeant de produits pharmaceutiques, de drogues et d'innombrables impuretés, souillant le sang précieux de son fils. La mère elle-même est accusée d'être l'ennemie tyrannique de son passager impuissant, un monstre acharné à la destruction fœtale, broyant sans pitié la vie de ceux qu'elle enferme dans son corps malséant. La gestation ne saurait être un processus propre, serein et optimal qu'une fois débarrassé de cette Mère Terrible. Enfin secourus du corps maternel traumatisant, les fils de l'homme pourront reposer en paix, à leur aise. Alors, blottis dans leur environnement stérile, surveillé et minutieusement régulé, sous conditions parfaitement contrôlées et à distance respectable du Corps, les fils de l'homme se développeront en une récolte de jeunes spécimens de qualité supérieure. Ils seront les héritiers du Royaume.
À ce moment-là, l'Homme sera son propre géniteur. Et, à l'instar de Zeus enfantant directement la marmaille dorée de sa tête divine, il repeuplera le monde avec la progéniture de son esprit infiniment fertile.

